Endurance ou résilience
- 19 févr.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Dans cet article, je parlerai des conseils, des moyens et des démarches qui m’ont permis de surmonter mon trouble psychique.
Face à mon trouble psychique
Ma problématique était les bouffées délirantes. Cela se manifestait par des hallucinations,
l’impression d’entendre des voix qui nous donnent des consignes et qui procurent le sentiment d’être persécuté par quelqu’un. Elle se caractérise aussi par un discours incohérent et une absence de distinguo entre la réalité et les illusions. Je dois aussi préciser que ma pathologie est arrivée avec de sérieux troubles de sommeil. Je dormais très peu voire pas du tout, car je me réveillais sans cesse et je passais des nuits blanches.
Mes bouffées délirantes sont intervenues dans un moment de surcharge intellectuelle avec un nombre très important de tâches à réaliser dans le cadre de mon travail. Selon le site de référence sur les produits de santé et de l’information médicale, « bouffées délirantes » désignent :
« [...] des épisodes de délire survenant brusquement chez une personne n’ayant jamais manifesté auparavant de problème psychique de ce type. La personne atteinte n’a pas conscience qu’elle délire ; elle ne manifeste aucun recul par rapport à ses pensées et son discours est incohérent (source) ».
Ce qui m'a aidé

C’était en effet la première fois que ce phénomène ou que cette pathologie intervenait dans ma vie. Je voudrais ici m’appesantir sur les éléments qui m’ont aidé à surmonter ou faire face à mon trouble psychique.
Dans mon cas, plusieurs variables, conseils ou actions m’ont aidé. Les aides sont venues de plusieurs parties prenantes telles que le corps médical, la famille et les amis, les membres des Groupes d’entraide mutuelles (GEM) les Centres médico-psychologiques (CMP) et de la bibliothérapie (soin par la lecture).
On peut noter aussi que je me suis servie des sites web ayant trait au développement personnel pour me remonter le moral, en l’occurrence une plateforme de diffusion des images et de thèmes/centres d’intérêt à savoir Pinterest.
La famille et les amis
Au moment où mes bouffées délirantes sont apparues, je n’établissais plus aucun lien avec ma famille et une grande partie de mes amis, hormis les collègues de l’institution dans laquelle je travaillais.
Ma famille m’a beaucoup soutenu lors des périodes de maladie et de crise ainsi que quelques-uns de mes amis. Ils se sont énormément documentés sur les bouffées délirantes et ont essayé de comprendre quelles sont les manifestations et quel était en moyenne le nombre de temps pour le rétablissement.
Je vous signale que je vais mieux aujourd’hui, car j’ai été hospitalisée en avril et en mai 2023, puis fin août, septembre et octobre de la même année. Certains de mes amis et de mes collègues m’ont également soutenu moralement via des appels téléphoniques, des cadeaux et des encouragements. Ma famille m’a notamment proposé une petite brochure m’indiquant une liste des actions à effectuer pour le bien-être psychique. On y retrouvait par exemple : profiter d’une activité relaxante, rester connecté à sa famille, manger sainement, faire du tri chez soi et s’organiser, aller dehors, écouter la musique 30 minutes par jour, lire 30 minutes, pratiquer la gratitude pour les évènements positifs qui nous arrivent, aller au lit 30 minutes plus tôt, faire du yoga ou du stretching, parler avec ses amis, se déconnecter parfois des écrans au moins 4 heures…
Le corps médical et les activités en centre médico-psychologique
Je suis suivie en Centre médico-psychologique depuis 2023. Je vois une psychiatre et parfois un infirmier-référent. Ces deux professionnels prodiguent des conseils sur le plan psychique, social et thérapeutique. Ils ont aussi une grande fonction d’écoute. Avec le médecin, on peut faire le point sur son état de santé actuel, son évolution, les effets secondaires, le futur et les perspectives. Le médecin fait également le lien entre la vie psychique et le plan social.
Avec la psychiatre et l’infirmier, j’ai eu la possibilité de relater mon vécu sur le plan social, professionnel et mental et d’obtenir des conseils et des indications médicamenteuses. Ma psychiatre m’a aussi parlé des activités à faire en CMP. Ainsi, elle m’a prescrit une participation aux activités au sein de cette struture qui pouvaient être bénéfiques et/ou thérapeutiques pour moi. Ainsi, je pratique la marche en groupe. C’est mon activité favorite, car elle me permet de découvrir la ville et de m’évader l’esprit. J’y ai tissé des liens sociaux également avec quelques membres du groupe participant à cette activité. J’avais aussi choisi le stretching et la relaxation comme activité à faire. J’ai en outre fait des ateliers d’art créatif parce que j’aime bien découvrir de nouvelles choses et créer.
À cause de mon traitement, j’ai rencontré des difficultés pour écrire et parler. Ainsi, je me suis tournée vers l’atelier d’écriture en CMP, car j’aime bien cette activité. J’ai dû m’aider en plus de séances chez une orthophoniste entre 3 et 6 mois. Toutefois, j’avais également eu l’habitude d’écrire tout au long de mon cursus et pendant mes activités professionnelles. Toutes ces activités ont un effet thérapeutique pour moi encore aujourd’hui.
Les groupes d’entraide mutuelle et leurs membres
Grâce aux coordonnateurs d’activités du CMP où je suis suivie, j’ai entendu parler des Groupes d’entraide mutuelle. Ces derniers sont des associations ou des organisations qui accompagnent les personnes ayant connu un trouble psychique avec une grande variété d’activités culturelles et une vie conviviale au sein de ceux-ci. Ainsi, je me suis dirigée vers le GEM l'Albatros et j’ai décidé après trois mois de stage d’y adhérer.
À l’intérieur de ces associations, on rencontre aussi des personnes qui peuvent avoir fait face à la même pathologie que soi. Les activités au sein du GEM permettent d’enrichir sa culture, de profiter de temps de loisir et s’y épanouir, voire de se faire de nouvelles connaissances et amis.
Je voudrais encore rappeler que j’ai souffert de gros troubles de sommeil pendant au moins 6 à 8 mois. En discutant avec un adhérent du GEM ayant eu un des symptômes des bouffées délirantes que j’ai eues à savoir les insomnies, j’ai pu relativiser et me forger un moral pour surmonter des nuits blanches, des angoisses et des maux d’être qui y sont liés. Lors des échanges avec ce membre, il m’a fait prendre conscience que je développais plusieurs angoisses rattachées aux troubles de sommeil. À savoir : 1. l’angoisse de ne pas dormir, 2. l’angoisse parce qu’on n’a pas dormi et 3. l’angoisse de ne pas dormir à nouveau le lendemain. Il m’a également signalé que ses courtes nuits de sommeil ne l’avaient pas affectées, car elles lui ont permis d’effectuer une de ses passions à savoir la lecture d’ouvrages philosophiques. Cette discussion a été très bénéfique pour moi pour essayer de garder le moral et diminuer le développement de peurs liées à une absence de sommeil prolongée. Comme le corps médical, il m’a conseillé la lecture comme activité thérapeutique à faire.
La bibliothérapie
L’animatrice du GEM Albatros m’a proposé avec deux autres membres en février 2025 de participer à un atelier de bibliothérapie (soin ou thérapie de rétablissement par la lecture) avec un groupe d’étudiants en bibliothèque. L’atelier consistait à parler de ses émotions à partir d’images et de livres sélectionnés par les porteurs de projet. J’avais choisi un recueil de poèmes de Victor Hugo (Les Contemplations, titre du recueil). J’ai lu plusieurs poèmes et je suis tombée sur un poème de Victor Hugo ayant pour titre, Insomnie (p.162-164). Il était écrit sous un ton sarcastique, ironique et humoristique comme une forme de résistance ou de bataille liée à l’absence de sommeil. Vous pouvez retrouver ce poème à la fin de mon écrit.
Avant de réaliser ce projet de bibliothérapie, je ne savais pas ce que la lecture pouvait m’apporter davantage et si je serai capable de lire malgré mes problèmes de concentration. Mais c’est lors de la restitution des documents que je me suis rendue compte que la lecture avait un effet d’apaisement pour moi. Cela m’a permis de relativiser et de dédramatiser les effets de l’absence de sommeil. La lecture peut en effet être un grand soutien pour certaines pathologies.
Et moi-même, quelle aide personnellement ?
Personnellement, je me suis inscrite, et ce bien avant la maladie psychique, à des applications visuelles me permettant d’obtenir des conseils sur le bien-être. J’ai choisi d’être abonnée à des thèmes et/ou informations dédiées au bien-être et à la motivation. J’ai également bénéficié de séances de sport prises en charge par l'Assurance maladie comme j’étais en affection longue durée.
Cela m’a aidé à reprendre confiance en moi notamment concernant une prise de poids liée aux médicaments neuroleptiques (traitement de mon trouble psychique) pour éviter le risque de rechute et traiter complètement les bouffées délirantes. J’ai aussi consulté des forums sur ma pathologie.
Pour terminer, je dirais que j’ai réussi à vivre et guérir de ma pathologie grâce à différentes parties prenantes : ma famille, mes amis et collègues, le corps médical, les activités en CMP, la rencontre avec les membres des GEM, la participation à un atelier de bibliothérapie et la visualisation de pensées positives et encourageantes. Aujourd’hui, je suis stabilisée et je souhaite du courage à ceux qui ont traversé ou traversent actuellement un épisode psychique maladif. Le rétablissement peut être court ou long, mais l’on peut surmonter son trouble psychique.
Marie-Sophie
Insomnie
Poème de Victor Hugo (1802-1885) dans Les contemplations (1856).
Quand une lueur pâle à l'orient se lève,
Quand la porte du jour, vague et pareille au rêve,
Commence à s'entr'ouvrir et blanchit à l'horizon,
Comme l'espoir blanchit le seuil d'une prison,
Se réveiller, c'est bien, et travailler, c'est juste.
Quand le matin à Dieu chante son hymne auguste,
Le travail, saint tribut dû par l'homme mortel,
Est la strophe sacrée au pied du sombre autel ;
Le soc murmure un psaume ; et c'est un chant sublime
Qui, dès l'aurore, au fond des forêts, sur l'abîme,
Au bruit de la cognée, au choc des avirons,
Sort des durs matelots et des noirs bûcherons.
Mais, au milieu des nuits, s'éveiller ! Quel mystère !
Songer, sinistre et seul, quand tout dort sur la terre !
Quand pas un œil vivant ne veille, pas un feu ;
Quand les sept chevaux d'or du grand chariot bleu
Rentrent à l'écurie et descendent au pôle,
Se sentir dans son lit soudain toucher l'épaule
Par quelqu'un d'inconnu qui dit : Allons ! c'est moi !
Travaillons ! — La chair gronde et demande pourquoi.
— Je dors. Je suis très las de la course dernière ;
Ma paupière est encor du somme prisonnière ;
Maître mystérieux, grâce ! Que me veux-tu ?
Certes, il faut que tu sois un démon bien têtu
De venir m'éveiller toujours quand tout repose !
Aie un peu de raison. Il est encore nuit close ;
Regarde, j'ouvre l'œil puisque cela te plaît ;
Pas la moindre lueur aux fentes du volet ;
Va-t'en ! je dors, j'ai chaud, je rêve de ma maîtresse.
Elle faisait flotter sur moi sa longue tresse,
D'où pleuvaient sur mon front des astres et des fleurs.
Va-t'en, tu reviendras demain, au jour, ailleurs.
Je te tourne le dos, je ne veux pas ! Décampe !
Ne pose pas ton doigt de braise sur ma tempe.
La biche illusion me mangeait dans le creux
De la main ; tu l'as fait enfuir. J'étais heureux,
Je ronflais comme un bœuf ; laisse-moi. C'est stupide.
Ciel ! déjà ma pensée, inquiète et rapide,
Fil sans bout, se dévide et tourne à ton fuseau.
Tu m'apportes un vers, étrange et fauve oiseau
Que tu viens de saisir dans les pâles nuées.
Je n'en veux pas. Le vent, de ses tristes huées,
Emplit l'antre des cieux ; les souffles, noirs dragons,
Passent en secouant ma porte sur ses gonds.
— Paix là ! Va-t'en, bourreau ! Quant au vers, je le lâche.
Je veux toute la nuit dormir comme un vieux lâche ;
Voyons, ménage un peu ton pauvre compagnon.
Je suis las, je suis mort, laisse-moi dormir !
— Non !
Est-ce que je dors, moi ? dit l'idée implacable.
Penseur, subis ta loi ; forçat, tire ton câble.
Quoi ! Cette bête a goût au vil foin du sommeil !
L'orient est pour moi toujours clair et vermeil.
Que m'importe le corps ! Qu'il marche, souffre et meure !
Horrible esclave, allons, travaille ! C’est mon heure.
Et l'ange étreint Jacob, et l'âme tient le corps ;
Nul moyen de lutter ; et tout revient alors,
Le drame commencé dont l'ébauche frissonne,
Ruy-Blas, Marion, Job, Sylva, son cor qui sonne,
Ou le roman pleurant avec des yeux humains,
Ou l'ode qui s'enfonce en deux profonds chemins,
Dans l'azur près d'Horace et dans l'ombre avec Dante :
Il faut dans ces labeurs rentrer la tête ardente ;
Dans ces grands horizons subitement rouverts,
Il faut de strophe en strophe, il faut de vers en vers,
S'en aller devant soi, pensif, ivre de l'ombre ;
Il faut, rêveur nocturne en proie à l'esprit sombre,
Gravir le dur sentier de l'inspiration ;
Poursuivre la lointaine et blanche vision,
Traverser, effaré, les clairières désertes,
Le champ plein de tombeaux, les eaux, les herbes vertes,
Et franchir la forêt, le torrent, le hallier,
Noir cheval galopant sous le noir cavalier.
1843, nuit.
Victor Hugo.



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